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There are civilizations that have left many archaeological traces, and these traces can be seen in certain museums, in history books, in the minds that have been handed down their history.

 

Other civilizations are less well known, or totally unknown because their histories have been forgotten, erased, drowned under water, or because their stories are passed on in other ways. Aïcha Snoussi and the LIXE archaeological mission are in the process of uncovering one of them: the Tchech civilization, a queer, African, nomadic civilization, traces of which have been found off the Tunisian island of Zembra, as well as on the coast of Ouidah.

 

This civilization has a set of practices, rituals, powers and cults that the Lixe mission is perpetuating through this exhibition, in a duty to pass on to future generations. This transmission takes the form of gestures, installations, devices

devices, sounds, experiences and a range of arrangements that activate this invisible memory.

 

Civilization is attached to the cult of the sea, as well as that of the sun. It has a particular language, one that cannot be read with language. Its color is vermania, blue-green, and the four elements are omnipresent. The Tchechs are neither men nor women nor man-women. Bodies are infinite possibilities, as are sexual practices around objects. Each space here activates a particular practice, thousands of years old, but which only takes shape through present-day elements. This process is the key to passage.

 

The history of the Tchechs takes shape and comes to life through the objects on display. Each room tells this story, in a form other than the words in a book. Lixe and the artist have been receptive and transmitting bodies, delivering a 3000-year-old message. A message that comes from the depths, that can be read between the layers, in the cellars. A queer message passed on by our ancestors, lovers between the shores.

« Times of Grace », dans l’intimité de l’œuvre de Jeremy Demester

 

 

La rencontre entre l’artiste Jeremy Demester et la Fondation Zinsou a eu lieu en 2015, année où cet artiste aux origines gitanes a fait la connaissance du vodoun par l’intermédiaire du catalogue d’exposition de Jean-Dominique Burton, dont nous avions produit l’oeuvre « Vodounons/Vodouns ». « J’ai reconnu les similitudes dans les temples, les couvents, les autels. C'était visuel, mais également instinctif, il y avait un lien direct avec les rituels gitans et la divination. » nous disait-il. Il est arrivé en résidence au Bénin avec l’envie d’explorer ces liens cultuels, culturels et esthétiques.

L’artiste, sorti de l’école des Beaux-arts, nourri d’une connaissance profonde de l’Histoire de l’Art, des techniques picturales académiques, était furieusement curieux de s’en détacher et de revenir aux fondamentaux. Il s’était alors tourné vers la peinture avec des pigments naturels et de l’huile, avait décidé d’employer des matériaux locaux, notamment la toile percale. 

Il s’était aussi autorisé à composer ses peintures autrement que dans la position solitaire d’un artiste devant son oeuvre, il prit la décision de travailler en choeur avec le public, plus particulièrement avec les enfants des ateliers Petits Pinceaux, en s’inspirant à l’époque de Pina Bausch et de La philosophie à l’époque tragique des Grecs de Friedrich Nietzsche. Il expliquait que « la tragédie grecque se jouait avec le choeur du public. A l’époque, lors des représentations théâtrales, le public faisait partie de la pièce et interagissait […] Cela m’a inspiré et j’ai créé une œuvre avec cette ligne directrice. J’ai invité des enfants à danser avec des toiles. J’ai laissé les enfants danser à leur guise. […] Et ils ont tout de suite compris ce qu’était l’abstraction.[…] C’était un moment de joie. Et puis, à un moment donné, j’ai décidé de faire le chef d'orchestre afin de décider du sens qu’allait prendre la toile. Je leur disais : “levez la toile, baissez-la, tournez-la, tapez des mains en dessous” etc. […] L’idée de base, c’était le rythme, ainsi que le vecteur humain. Je ne pouvais pas vraiment choisir ce qu’allait donner la peinture. Mais j’étais inspiré par Cy Twombly et Polke par exemple. Il y a des gens qui rassurent dans ce sens-là, je ne prenais pas trop de risques. » 

Il avait alors créé l’oeuvre visible en ce moment au Musée de Ouidah : Original Zeke. 

Il revint une seconde fois et créa un jardin de peintures, il laissa la nature terminer ses tableaux, c’était Azilos Magdalena.

L’artiste Jeremy Demester avait alors commencé à s’attacher au Bénin, il s’y installait.

 

En 2020, nous décidions de présenter sa première exposition solo au Musée de Ouidah, nous lui donnions carte blanche. Il créa les oeuvres de « Gros-Câlin ». 

Lors des préparatifs et des entretiens, nous découvrions alors la curiosité intellectuelle inépuisable de Jeremy Demester. Se nourrissant constamment des grands écrivains, des maîtres de la peinture, de l’Histoire, des mythologies, de la philosophie, ou bien encore des religions, les connexions se créent entre les époques, les pensées, les géographies et l’artiste enrichit son oeuvre d’un héritage universel qu’il fait sien. Chaque détail de ses motifs était relié à d’infinies inspirations et références passionnantes. Nietzsche lui apprenait la mise en retrait et l’ouverture vers l’autre, Giordano Bruno et Fernando Pessoa lui soufflaient les mécaniques de la pensée imaginative, Victor Hugo lui inspirait l’architecture des peintures qu’il allait créer pour l’exposition, Cynthia Fleury lui faisait comprendre la maladie sociétale du ressentiment et le remède de la création. Il nous expliquait son respect pour le travail d’artistes qui l’ont précédé, tels que Pablo Picasso, Le Douanier Rousseau, Fernand Léger, Walter Di Maria, Michael Heizer, Cy Twombly, David Hockney, Philomé Obin, ou encore du cinéma… 

 

Nous découvrions alors l’humilité d’un artiste qui pourtant nous convainc chaque jour du fait qu’il s’inscrit d’ores et déjà dans la lignée des très grands.

 

Il se livrait et nous étions soudain confrontés à un être qui n’était en réalité pas seulement nourri de théories académiques et de grands principes philosophiques, mais dont l’objectif premier était le don de soi. Il créait avec l’intention de réparer l’autre, « guérir et unir ». Ces peintures étaient un cadeau qu’il offrait au public, après avoir traversé des phases intérieures particulièrement intenses, auxquelles il avait donné des noms : le temple, la monstra, l’astra. 

 

Nous découvrions un artiste qui avait réussi à s’intégrer à une culture vodoun qui semblait désormais être sienne, qui consultait le Fâ pour créer, et utilisait la figure du python sacré de Ouidah pour guider son pinceau. Il accordait autant de respect à ce culte qu’aux grands maîtres de la littérature ou de l’art.

 

Aujourd’hui la Fondation Zinsou dévoile au public du Lab de Cotonou l’exposition « Times of Grace ». C’est un temps suspendu, délicat, comme un journal intime des réflexions de Jeremy Demester autour de la création, une immersion dans ses recherches techniques et picturales. L’artiste surprend le spectateur, qui le connait à travers ses deux dernières expositions, par une rupture des codes qu’il a instaurés précédemment.

Le dessin, dont il disait se détourner à l’époque, par attirance pour l’urgence des grands gestes et l’énergie qu’offrait la peinture, fait maintenant partie de son oeuvre. 

La figuration, dont il s’était fermement détaché, est devenu dorénavant une manière de rendre hommage à la Beauté et à l’équilibre des formes créées en Art. 

Il nous exprimait dans son entretien en 2020 par exemple l’importance du choix du sujet d’un portrait : « Qui mérite d’être peint ? Pourquoi le peindre ? Qu’est-ce qu’il va dire ? ». Dans « Times of Grace », c’est la figure tutélaire de Romain Gary qui prend forme dans son oeuvre. Après lui avoir emprunté le titre de son ouvrage pour l’exposition à Ouidah : « Gros-Câlin », Jeremy Demester lui rend à nouveau hommage, en dessinant les contours du visage de cet écrivain qui arrive, selon Delphine Horvilleur, à échapper au carcan de l’identité, le faisant ainsi symbole de l’homme véritablement libre. 

Il explore également des oeuvres d’artistes majeurs, tels que Claude Monet, Vincent Van Gogh, Henri Edmond Cross, et s’approprie leurs gestes, en y mêlant sa propre énergie et ses couleurs si singulières.

L’artiste nous présente par ailleurs un autre type d’inspiration pour sa création, celle des images d’archives du Dahomey, qu’il a découvert au sein de la Collection Zinsou. Il choisit une photographie et en dégage l’essence et l’énergie qu’elle diffuse, celle, ici, d’une féticheuse vodoun. 

 

A Ouidah, nous découvrons qu’il n’agit pas seulement en artiste mais en maître, se consacrant à la formation de deux jeunes peintres béninois, issus d’un couvent vodoun. Il conseille, dirige les travaux, accompagne la technique et inspire Bruno et Brice Zountounnou. Leurs peintures sont révélées aujourd’hui au Musée de Ouidah.

Sophie Douay

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