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"Je est un autre" est la première exposition personnelle du peintre Nobel Koty à la Fondation Zinsou. Elle se tient au Lab de Cotonou à partir du 18 décembre 2025. 

JE EST UN AUTRE

par Sophie Douay

 

 

Sur l’Autre, Nobel Koty n’a jamais vraiment l’habitude d’attarder ses pinceaux.

 

Bien que l’artiste béninois ait, au début de sa carrière, exercé son geste sur d’autres visages que le sien, il se tourne très vite vers un sujet qui deviendra central dans sa démarche artistique : l’autoportrait. 

 

Dès lors, toile après toile, Nobel Koty s’applique à percer les mystères de son propre corps. Il apprend à lire le contour sinueux de chacune de ses rides, à définir le mélange exact de pigments capable de produire la teinte précise de sa propre peau, à comprendre quelles épreuves de la vie ont pu infléchir sa posture. Il cherche à révéler, avec la plus grande justesse, la profondeur de ses expressions, de ses émotions, offerte aux yeux du monde. Son corps devient alors le prétexte à explorer les multiples facettes de l’Être. Comme une obsession.

On dit de Rembrandt qu’il est sans doute l’artiste qui a peint le plus d’autoportraits. Nobel Koty semble en passe de suivre le chemin de celui qu’il admire…

 

Alors, lorsque, guidé par son instinct ou par une rencontre, le peintre Nobel Koty s’autorise un temps à détourner ses pinceaux de la peinture de son propre Je, il produit des séries exceptionnelles telles que "L’Accusé" et "Suites d’une promesse", présentées pour la toute première fois, dans l’exposition "Je est un autre", au Lab de la Fondation Zinsou. 

 

Ces autres, que l’artiste a choisi de peindre dans ces séries inédites produites en 2024 et 2025, lui étaient tous deux inconnus. 

 

Le premier, L’Accusé, l’a interpelé par la force de ses émotions, saisies dans l’espace traumatisant d’un procès. Koty n’a pas cherché à en savoir davantage : il a voulu peindre une histoire, les particularités d’un corps et de postures qui lui rappelaient un tant soit peu ceux d’Egon Schiele, mais aussi la fulgurance de son ressenti, des sentiments qui se dégageaient. 

 

Le second, lui, porte un nom : Joël Andrianomearisoa, artiste, tout comme Nobel Koty. A la suite d’une commande relative au projet PROMESSE, Koty s’est attelé à représenter son pair comme s’il s’agissait de lui-même, cherchant à percer les mystères de son être, dans sa nudité, sa chair, et à travers une multiplicité de facettes explorées de manière obsessionnelle. 

 

Ces deux projets, malgré leurs exigences, ont permis à l’artiste, dit-il, de mûrir sa peinture, afin de revenir à l’autoportrait avec encore plus de force. L’Autre devient alors un détour nécessaire pour approfondir son propre “Je”. Ou peut-être est-ce l’acharnement mis dans l’exploration de soi qui permet à Koty de saisir avec une telle justesse la vérité de l’Autre ?

 

Je est un autre.

Arthur Rimbaud écrit cette phrase en s’interrogeant sur la nécessité de laisser d’autres voix parler à travers lui pour devenir un grand poète. Vivre mille vies, se décentrer. L’artiste devient l’instrument par lequel passe l’inconnu. C’est l’Autre, alors, qui parle à travers lui. 

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